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A Propos de Masoch

Copyright 2001 Maitresse Françoise

Nous ne pourrions parler de Masoch sans aborder Sade. En créant l'adjectif sadomasochiste pour identifier des rapports moraux ou ludiques, Krafft-Ebing a institué plusieurs erreurs. Avec le temps, la réflexion, sous réalisons que ces erreurs sont devenues des lieux d'enfermement où nous sommes reclus.
Il a fait du masochisme la complémentarité et le contraire du sadisme. Il a assimilé la totalité des relations masochistes à une pathologie.
Pour éviter tout amalgame je nommerais MASOCHISTE DOMINANT le Maître qui joue le rôle que la victime lui impose dans l'érotisme Masochien.
Le SADIQUE, lui, fait réellement du mal dans la vie, car il n'y a aucun consentement mutuel, mais seulement du viol!
L'adjectif sadique n'a rien à voir avec nos jeux. Cet adjectif est lui-même attribué accidentellement à Sade. Sade est un philosophe qui a une vision "sadienne" du monde. Masoch, lui, est d'avantage un mystique. Il est l'héritier de grandes expériences mystiques. Sade est un criminel dans l'imaginaire, ses crimes s'exercent sur des marionnettes de papier, car ce qu'écrit Sade ce n'est jamais pour le réaliser.
Masoch, lui, veut réaliser ses fantasmes, il a vraiment et sans cesse essayé de vivre ce qu'il racontait dans LA VENUS A LA FOURRURE, empoisonnant la vie de Wanda :
Wanda dira en le quittant :

"Libre! Délivrée du tourment de dix années!... M'appartenir de nouveau à moi!... ne jamais plus mettre une fourrure, ne jamais plus tenir un fouet!... et ne jamais plus entendre dire le mot Grec!... Comme une lourde armure portée durant de longues années, qui m'avait comprimée gênée dans les mouvements naturels de mon corps et menacée de me mutiler.... etc.)"

C'est donc bien Masoch et non Sade qui appartient au domaine de notre sexualité que nous pourrions nommé (SM selon Sacher Masoch). Ainsi, nous sommes tous, dominants/dominés des gens qui nous réclamons de la logique et de la sexualité de Masoch.
Le masochiste, lui dirige sa mystique pour vivre une autre état de conscience. Il se sert de ce qu'il nomme son "bourreau".

"D'une autre façon le héros masochiste semble éduqué, formé par la femme autoritaire, mais plus profondément c'est lui qui la forme et la travestit, et lui souffle les dures paroles qu'elle lui adresse. C'est la victime qui parle à travers son bourreau sans le ménager" . Deleuze

Dans sa position de dominé, le masochiste recherche la jouissance de la toute-puissance de l'enfant. Dans la bulle du ventre de sa mère, le foetus est protégé, il ne perçoit les sons que filtrés par l'élément aqueux, les chocs sont très amortis, il est caresse par les contractions utérines, il flotte et se meut avec aisance dans son monde à lui. Et puis, d'un coup, les contractions se mettent à l'écraser, l'eau disparaît, il est moins bien oxygéné, il doit se frayer un passage vers l'abîme. Il rentre dans un monde de bruit, de sang, de larmes, de fureur. On le frappe, on le pique, il tousse, il s'étrangle. L'enfant parait. Désormais, il est seul. Car, on coupe ce cordon, dernier lien avec sa mère....". Ce qui lui reste de cette fusion, cet état de béatitude : le sang, la merde et la pisse de sa mère... On le lave...

Dans le cocon maternel, cet amour fusionnel est l'idéal. Idéal que l'homme, et plus précisément le maso, rechercheront tout au long de sa vie dans une quête éperdue. Le Paradis pour l'homme, c'est cette zone enfermée qu'est le ventre maternel. Le bonheur est le retour à l'état foetal. En se faisant ligoter le masochiste cherche à rétablir en partie cette volupté intra-utérine.

En se faisant souiller le scato vit une réminiscence de ses derniers liens avec sa mère et de sa plus petite enfance.

Le langage de Masoch est celui que nous retrouvons chez de nombreux masochistes en quête sur minitel et sur Internet.

La soumission ludique ou l'esclavage ludique font partie de l'univers Masochien à condition que la relation soit contractuelle. Ces mêmes mots entrent dans l'univers sadique si cette relation n'est pas librement consentie. La femme fut "soumise au proxénète", "soumise à la question" au temps de la chasse aux sorcières. La soumission est synonyme d'esclavage social lorsque ces relations existent hors "contrat".

La soumission, hors demande du masochiste, est "morale, " c'est à dire vécue insidieusement dans la vie. Et, contrairement au masochisme ludique, l'état de soumission morale inhibe l'individu. Avec les mêmes conséquences que l'esclavage. Cependant qu'il s'agisse du terme "Esclave" ou du terme "Soumis (e)" ces expressions sont utilisées dans la relation ludique pour le plaisir cérébral des mots.

Il est donc particulièrement stupide de dire : il ou elle est soumise (e) non masochiste. Car être soumis volontaire, c'est être masochiste. Et, se soumettre contre sa volonté, c'est être la victime du pouvoir, du sadisme, voire de la criminalité. Les masochistes sont masochistes à travers le plaisir dans la douleur, et, ou, masochistes d'humiliation plaisir et d'obéissance plaisir.

À la page 67 de la présentation de Sacher-Masoch, Deleuze reprend le contrat masochiste sur quatre points. Mais, il s'étonne à juste titre d'un manque au contrat masochiste selon Reik et il ajoute : "Le contrat masochiste n'exprime pas seulement la nécessité du consentement de la victime, mais le don de persuasion, l'effort pédagogique et juridique par lequel la victime dresse son bourreau".

Donc cela supprime toute idée de domination sous influence Cette condition essentielle sur laquelle Deleuze insiste, relègue donc à tout jamais dans le non-contractuel, la soumission sous influence. Certaines relations d'initiation à la "soumission", sont souvent perpétrées par des petits maîtres frustrés, narcissiques et impuissants. Ces maîtres sont des sadiques qui se projettent à travers leur victime et y trouvent le moyen de satisfaire leur propre état féminin vécu dans la haine ou leur propre destruction.

Le masochiste travestit l'être humain. Et dans la quête de son dieu, il investit l'autre en lui offrant un pouvoir absolu sur lui-même. Mais l'autre est humain et donc jamais à la mesure de son propre. L'autre n'est jamais capable d'être l'Autre. (Dieu)

La relation mystique païenne est moins dangereuse que la relation mystique avec Dieu de l'extérieur au monde. Le masochisme sexuel, ludique s'arrête avec la transe, ou bien lorsque le masochiste constate que l'autre n'est pas la perfection. Le sort de Masoch est d'être déçu nous dit Deleuze, c'est avec Masoch le sort de tous les masochistes. Il faut beaucoup d'indulgence au masochiste pour se satisfaire d'une relation "humaine".

Dans le masochisme ludique la transe peut s'évanouir avec la fatigue des partenaires. L'acte sexuel peut intervenir dans la relation amoureuse comme un point final à la séance.

Dans le masochisme il y a toujours désir d'appartenance, de fusion de don de soi, pour mieux se fondre dans l'autre comme si le masochiste n'était qu'une plaie vivante.

Masoch a été mis à l'écart car il est mille fois plus subversif que Sade. Sade s'attaque au pouvoir à la religion, à la tyrannie de l'homme sous-toutes ses formes. Mais il conserve l'image du Père même sadique, sous la forme inversée de son athéisme - tuer Dieu le Père - Ainsi Sade reste dépendant du patriarcat (religieux).

En créant la prostitution profane (la pute sale et dans la fange) l'Homme a établi le fondement de notre civilisation patriarcale. Il peut donc à son aise vivre avec "maman" qu'il a phagocytée dans les liens de la procréation, puis, s'en aller exorciser son désir dans la fange (la pute) qu'il refoulera immédiatement parce que justement, elle est sale et interdite. En faisant de la prostituée sacrée "une putain" du mot latin puta (sale) l'Homme éloigne la femme "honnête" de la prostitution. L'image de la Mère prostituée, sexuée est une vision insoutenable pour l'Homme de notre civilisation c'est à dire le Père.

Masoch se pose les mêmes problèmes "Le désir est une souffrance la possession est la guérison".

Masoch veut tuer le Père. L'homme renaissant comme un homme nouveau de la Mère seule. Dans son fantasme Masoch transfert alors les fonctions paternelles sur les trois images de la Mère : la bonne Mère, la Mère hétaïrique (la prostituée) et la Mère qui punit.

Il demande à sa femme de se prostituer, non pas comme une pute coupable de la civilisation patriarcale, mais il veut que la fonction de prostituée soit assumée par la femme en tant qu'honnête femme, par la Mère en tant que bonne Mère : "C'est une merveilleuse chose de trouver chez sa propre, honnête et brave femme, des voluptés qu'il faut généralement aller chercher chez des libertines"

Dans La Vénus (en partie autobiographique) Masoch est plus subversif que Sade car ce qu'il décrit existe réellement et c'est la transformation féminine du Père. Il est dans la transe mystique, mais aussi dans la vie de tous les jours.

Sade est dans un lieu de fiction. Les scènes, même si elles sont minutieusement décrites, sont dans un lieu qui est irréel.

Chez Sade c'est une visée philosophique à très grande échelle que d'expliquer la totalité des scènes de plaisir comme des champs de bataille qui sont finalement une vision macroscopique, cela ne peut pas être des histoires de la folie ordinaire.

Chez Masoch c'est microscopique à l'image d'une cellule qui peut être celle de la cellule mystique. Chez Masoch, c'est un univers borné qui se limite la plupart du temps à une relation duelle permettant de retenir, de condenser l'espace du désir et par conséquent à l'image des mystiques, un jaillissement extatique.

Parmi les plus beaux romans de Masoch : La pêcheuse d'âmes, Mardona, mère de Dieu.

Masoch sait et les masochistes savent rêver éveillés parce qu'ils ont compris. Et Masoch ne cesse de l'exprimer à travers les personnages de ses romans :

"-C'est là ton idée, dit Dragomira, et, au premier coup d'oeil, il semble qu'il en soit ainsi ; la terre nous parait un immense et magnifique autel, d'où ne montent vers le ciel que de suaves parfums. Mais quand nous y voyons mieux, nous découvrons bientôt que ce sont nos propres pensées, nos sentiments, nos fantaisies que nous introduisons dans la nature pour la poétiser, et que tout cet univers n'est qu'une gigantesque pierre de sacrifice sur laquelle les créatures souffrent et versent leur sang pour la gloire de Dieu. (...) j'ai regardé l'avenir comme un pays merveilleux ; (...) C'est comme si le soleil s'éteignait, comme si la terre et mon coeur s'engourdissait dans une torpeur d'une glace éternelle. (....) l'existence est une sorte de purgatoire qui purifie ; elle n'est pas un bonheur mais plutôt un perpétuel martyre."

Masoch décrit ses personnages comme dans son rêve : "Elle était dépouillée de son extérieur féminin, et s'était transformée en un beau jeune homme élancé. Elle avait des bottes noires à talons haut..." Masoch rend ses personnages insaisissables, Dragomira l'est elle a un "rire froid et cruel comme celui d'un démon" chez Masoch l'amour est indissociable de la mort comme si après l'amour seul la mort peut permettre de ne pas passer par le malheur. Dans la Pêcheuse d'âme le Dieu c'est la mort. "Je suis prête à devenir ta femme. Puis, après avoir été heureux, nous apaiserons Dieu, et nous mourrons ensemble..." La Pêcheuse d'âmes. ed Champ Vallon. Sacher-Masoch

Masoch est influencé par de nombreux courants hérétiques de son époque. Dans La Mère de Dieu l'écrivain reprend le canevas biblique, Mardona crucifie l'homme qu'elle aime et en gagnant son assentiment, Mardona expie la faute d'Eve. Figure Christique Sabatil se délivre de la loi du Père. Les mises à mort fantasmatiques sont très cruelles, mais il y a toujours cette notion de contrat et de liberté :

-Comment penses-tu échapper à la damnation éternelle ?

-Par le repentir et la pénitence.

-Es-tu décidé à te soumettre à ma sentence ? Accepteras-tu la pénitence que je t'infligerai ?

- Oui

-Je vais donc prononcer mon jugement sur toi (...) pour arracher ton âme à la puissance de Satan, je te condamne à être crucifié." (...)

"Je ne te force pas dit-elle doucement. Un mot de ta bouche, et je te rends ta liberté. Veux tu supporter la punition que je t'inflige, oui, ou non?"

Elle se pencha vers lui tendrement

"Je supporterai tout ce que tu ordonneras, Mardona : seulement tu me pardonneras dis ?

- Je te pardonne déjà maintenant", répartit-elle avec bonté.
La Mère de Dieu, Sacher Masoch ed Champs Vallon

Masoch reconnaît sur certains visages "Le terrible signe de Caïn de la connaissance". "Caïn est un rapport à la mort, à la violence inaugurale. Il est meurtre du frère (..) Il définit un rapport à l'histoire, aux totalités qu'il déchire. Mais du même coup, il institue l'histoire, en tant que déchirement.

"Jésus est la mort-sens, la mort soumise que la mère crucifie."

"Rivaux implacables, l'homme et la femme oublient leur hostilité native dans un court moment de vertige et d'illusion pour se séparer de nouveau, plus ardent au combat."

(l'homme(...) naît bête féroce et esclave)

"Et j'ai éprouvé de même la malédiction qui s'attache à la propriété... Née de la violence et de la ruse, elle provoque les représailles et engendre la discorde et les forfaits sans fin."

"J'ai entrevu la vérité, s'écria l'errant, j'ai compris que le vrai bonheur est dans la science, et qu'il vaut encore mieux renoncer à tout que lutter pour jouir."
L'errant. Sacher-Masoch ed Tchou


Bibliographie
L'ouvrage de référence est la présentation de Sacher Masoch suivit de la Vénus à la fourrure ed de Minuit Par Gilles Deleuze.
La Mère de Dieu, Sacher Masoch ed Champs Vallon
Les legs de Caïn : L'errant, la pantoufle de Sapho... Contes et Romans Sacher Masoch ed Tchou 3 tomes (presque introuvable)
La Pêcheuse d'âmes. ed Champ Vallon. Sacher Masoch
Don Juan de Koloméa, très belle préface d'Élisabeth Lemirre et Jacques Cotin, Paris ed Picquier, 1990
Un amour de Platon Paris ed Verdier
La dame Blanche et autres nouvelles ed Le terrain vague.
La bibliographie est longue, sont cités ici les ouvrages que vous pourrez trouver soit chez Jaybird Bruxelles, soit à la librairie "la Musardine" 122, rue du chemin vert à Paris.

 

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